Bienvenue à vous. Maintenant la parole est à vous. Communiquez ce forum autour de vous !

L'inertie de l'Europe devant les crimes contre l'humanité est inacceptable.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Une russie ni démocratique , ni soviétique

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
vinka



Nombre de messages : 107
Age : 33
Localisation : Paris
Date d'inscription : 30/07/2007

MessageSujet: Une russie ni démocratique , ni soviétique   Jeu 20 Déc 2007, 02:04

Les élections législatives russes du 2 décembre ont été vite oubliées. Elles avaient donné des résultats prévisibles : la majorité absolue au parti Russie unie de Vladimir Poutine et des sièges à trois autres partis dont un seul, le Parti communiste, fait aujourd'hui figure de timide opposition parlementaire. La seule surprise est venue quelques jours plus tard, avec la désignation de Dmitri Medvedev comme candidat officiel de Russie unie à la présidentielle du 2 mars. Lequel s'est empressé d'annoncer qu'il prendrait comme premier ministre Vladimir Poutine lui-même. Après un temps de suspense, le maître du Kremlin annonçait lundi 17 décembre qu'il acceptait l'offre de son dauphin.

Tout ce processus est tellement cousu de fil blanc qu'il est loisible de s'interroger : "Voter a-t-il encore un sens en Russie ?" C'est précisément le titre qu'avait choisi Marie Mendras, qui dirige l'Observatoire de la Russie (CERI-Sciences Po-CNRS), pour un débat organisé le 6 décembre autour de Dmitri Orechkine, l'un des meilleurs connaisseurs de la réalité électorale russe. A l'Institut de géographie de l'Académie des sciences, à Moscou, il a élaboré depuis les années 1990 une cartographie électorale de la Fédération de Russie. Appelées en russe commissions électorales territoriales, les circonscriptions sont au nombre de 2 750, réparties sur l'ensemble des 85 "sujets de la Fédération", autrement dit les 20 Républiques, les régions, les territoires et les deux "capitales", Moscou et Saint-Pétersbourg.

Or que dit ce chercheur ? Tout d'abord, il écarte l'idée selon laquelle "tout est arrangé à l'avance, le vote n'étant qu'une simple formalité". "Quand vous entendez que certains bureaux ont voté à plus de 100 % pour Russie unie, il ne faut pas extrapoler cela à l'ensemble de la Fédération. Ce serait une erreur", dit-il. En réalité, il distingue deux Russie politiques. L'une qu'il appelle la Russie de base, où existe un assez haut degré de liberté de vote, et qui recouvre 60 "sujets de la Fédération" ; l'autre, la Russie "à culture électorale particulière", représente les 25 autres "sujets" territoriaux où le vote est massivement manipulé par les autorités. M. Orechkine emploie une expression très russe pour décrire ces manipulations : les ressources administratives.

Dans le détail, les résultats sont moins rutilants qu'il n'y paraît pour le camp Poutine. Sous le chiffre moyen de 64 % des suffrages obtenus par les listes du principal parti poutinien, se cache une grande diversité. A Saint-Pétersbourg, ville d'origine du président, Russie unie n'a rassemblé que 50 % des voix, soit 14 points de moins que la moyenne nationale. A Moscou : 54 %, comme dans d'autres grandes villes telles Omsk ou Tcheliabinsk. Mais les scores atteignent 99 % en Tchétchénie, 89 % au Daghestan ou 83 % en Bachkotorstan. Sur les 43 millions de voix de Russie unie, 11 millions viennent de ces zones à vote manipulé. Sans elles, la majorité absolue n'aurait pas été atteinte. Dmitri Orechkine en tire une conclusion saisissante : "L'élection a peut-être moins dépendu de la volonté de Poutine que de celle des dirigeants locaux. Les résultats offrent un tableau précis du consensus des élites" autour du président sortant.

La méthode du laboratoire Mercator, que dirige M. Orechkine, est strictement quantitative et ne s'embarrasse pas d'études sociologiques ou politiques approfondies. Les résultats de tout le pays sont triés en fonction de cinq critères : la participation, le taux de bulletins nuls, le vote "monolithique" (100 % à un parti, 0 % aux autres), la différence entre le score local d'une liste et sa moyenne nationale et le taux de votes "contre tous" (valable pour les scrutins précédents, cette possibilité de vote "contre" a été supprimée le 2 décembre). Dès que l'un de ces critères est trop haut ou trop bas par rapport à la moyenne, par exemple 15 % ou 20 % de bulletins nuls quand la norme est de 2 % à 3%, l'anomalie vaut soupçon de vote manipulé. Peu importe par quelle méthode : intimidation, corruption, fraudes diverses.

Grâce à un algorithme élaboré par le professeur Tikounov, de l'université d'Etat de Moscou, l'indice de déviation de chaque circonscription du pays par rapport à la moyenne est ainsi calculé. Et en plaçant les circonscriptions atypiques sur une carte de Russie, on obtient... les contours administratifs de certains territoires. "Comme dans un puzzle, commente le chercheur, on voit apparaître en rouge les Républiques du nord du Caucase, du sud de l'Oural, du bassin de la Volga."


VOTE : AUCUNE GARANTIE D'ANONYMAT


Les zones de forte anomalie sont finalement assez peu nombreuses : 73 circonscriptions, regroupant 1,5 million d'électeurs, ont été repérées comme telles dans chacune des 7 élections nationales qu'a connues la Russie post-soviétique. 22 appartiennent au Tatarstan, 18 au Daghestan, 14 au Bachkotorstan - on fera grâce au lecteur des autres "sujets de la Fédération" concernés. Un seul constat, ce sont des zones rurales, à l'exception d'une seule. A l'inverse, 832 circonscriptions représentant 31,6 millions d'électeurs, soit 30 % de l'ensemble du corps électoral, ne font apparaître aucune déformation statistique : ni dans le taux de participation, ni dans les bulletins nuls, ni dans la concentration des suffrages sur une liste, etc. Ce sont souvent des zones urbaines.

Est-ce à dire que le vote est partout moins manipulé dans les villes ? Cela dépend des autorités locales, là encore : Moscou, Ekaterinbourg ou Vladivostok apparaissent comme plus "dirigées" que des dizaines d'autres grandes villes russes. La population russe est urbanisée à 73 %.

Dmitri Orechkine n'est pas qu'un scientifique, il est aussi un citoyen inquiet. Il a vu augmenter lors du récent scrutin l'emploi de la "ressource administrative" et définit la Russie d'aujourd'hui comme "un modèle qui n'est ni vraiment soviétique ni vraiment démocratique". Marie Mendras, elle, a vu de ses yeux la dégradation dans la ville de Tver et à Moscou, le 2 décembre : des policiers étaient présents dans les bureaux de vote, il n'y avait pas d'isoloirs fermés et les vastes bulletins de vote devaient être passés sur une machine ressemblant à un fax, sans aucune garantie d'anonymat.

Dans ces conditions, compte tenu d'une campagne à sens unique et d'une loi électorale qui exclut de la Douma tous les partis n'atteignant pas les 7 %, le plus étonnant est que les Russes soient quand même allés voter. Ils l'ont fait dans une proportion que les deux chercheurs, la Française et le Russe, évaluent au jugé à 50 % (les chiffres officiels affichaient 60 %). Russie unie aurait obtenu environ 50 % de "vrais" suffrages. Cela indique un soutien réel à Vladimir Poutine. Mais pas le plébiscite annoncé.

Le Monde du 20/12/2007
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Une russie ni démocratique , ni soviétique
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Camions Russe dans le froid...
» La longue liste des défauts du F16
» Montre russe 24 heures
» Question technique, militaire russe vostok
» aviateur russe : poljot 2416 ou eta 2824 ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bienvenue à vous. Maintenant la parole est à vous. Communiquez ce forum autour de vous ! :: Votre avis sur l'actualité :: Votre avis sur l'actualité-
Sauter vers: