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 Que s'est il passé dans ces camps de "filtration"

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Vincent



Nombre de messages : 2
Date d'inscription : 29/05/2006

MessageSujet: Que s'est il passé dans ces camps de "filtration"   Mar 30 Mai 2006, 00:32

Une tragédie quotidienne
Les nombreux témoignages recueillis sur le terrain à Grozny ou dans les camps de réfugiés de la République voisine d'Ingouchie, durant les douze jours qu'a duré cette mission, attestent de la tragédie vécue quotidienne- ment par chaque citoyen tchétchène. Les souffrances endurées sont inimaginables, la barbarie permanente et insupportable.
La peur des représailles est à son paroxysme. Mais ils disent eux-mêmes ne plus rien avoir à perdre désormais. Ils ont vécu le pire, ils sont prêts à témoigner, avec un espoir, cet espoir si mince mais toujours présent, que le silence se brisera peut-être enfin.
Sortant d'un mutisme pesant, Iman raconte :
" C'était le 27 juillet 2002 à Tsotsin Yourt, au cours d'une opération ciblée. Mon mari était conducteur de bus et le 26 juillet, notre voisin lui a demandé de l'aide afin de dépanner une voiture non loin de là. Nous avons su plus tard que cette voiture appartenait à un combattant tchétchène, mais mon mari n'en savait rien au moment où il est allé apporter de l'aide. Le 27 juillet à onze heures du matin, vingt soldats russes ont encerclé la maison et y ont finalement fait irruption. Après m'avoir plaquée contre le mur ; ils ont menacé de me tuer ainsi que ma petite fille de 11 mois si mon mari ne revenait pas immédiatement. Mon mari a pu très vite être ramené à la maison. Les soldats l'ont torturé. Au départ, je ne pouvais pas voir ce qu'ils faisaient mais j'entendais des cris de douleur très aigus. Pendant ce temps, j'étais menottée, impuissante. Ils ont serré des bas autour de la gorge de mon bébé et l'ont suspendu; ils ont ensuite roulé une serviette afin qu'elle devienne suffisamment rigide et s'en sont servis pour lui frapper le visage. Elle était presque étranglée quand ils ont finalement arrêté de la torture : J'ai ensuite entendu les cris de mon mari; ils lui battaient les reins à coups de massue. Les soldats ont fini par partir avec mon mari dont il ne restait plus que des flaques de sang. Le lendemain, une opération de nettoyage a commencé dans le village. Les soldats ont à nouveau fait irruption dans la maison. Ils m'ont emmenée dans la chambre, m'ont demandé d'avouer que j'étais une combattante tchétchène. Ils m'ont plaquée contre le mur, m'ont empêchée de respirer et battue violemment à coups de pied et de crosse de kalachnikov. ... ...Ils ont ensuite tenté de me violer mais je me débattais tellement qu'ils ont sorti une seringue remplie d'un liquide vert; juste avant de me l'injecter, ils m'ont dit que j'allais mourir: J' ai eu une sensation de brûlure, j' ai eu très mal et j' ai perdu connaissance. Je me suis réveillée nue, allongée sur le lit. Je ne sentais plus rien, j' étais comme paralysée. Ils sont repartis en me hurlant que j' en souffrirais très longtemps et en me menaçant de ne jamais rien raconter si je ne voulais pas mourir: Mon mari a été retrouvé vivant trois jours plus tard. Ils l'avaient laissé dans une poubelle, sans connaissance. Il a été torturé à l'électricité, ses organes génitaux ont été brûlés avec de l'essence. Nos vies sont brisées à jamais. "


" J'ai mal d'imaginer qu'ils ont pu tant souffrir "
Ugurchiyeva a la voix tremblante lorsqu'elle raconte l'histoire de ses deux plus jeunes enfants, Timur, treize ans, et Albert, onze ans.
" Le 16 mars 2002, mes deux garçons sont allés au centre de détention à Grozny, apporter de la nourriture à mes autres fils arrêtés sans raison quatre jours avant. Comme il était trop tard pour qu'ils rentrent à la maison sans danger; ils ont dormi chez des amis habitant proche du centre de détention. Dans la nuit du 16 au 17 mars, Albert et Timur ont été arrêtés par des soldats russes au cours d'une opération de nettoyage menée dans le district. Dès le lendemain et pendant plusieurs jours, je me suis rendue au bureau des affaires intérieures et dans les bureaux du FSB ( ex KGB) de plusieurs districts de Grozny afin de les retrouver mais tous me disaient ne rien savoir. Une dizaine de jours plus tard, le bureau du procureur de Grozny m'a informée que les cadavres de mes fils avaient été retrouvés. Des paysans qui travaillaient aux champs dans la périphérie de Grozny ont vu un hélicoptère déposer des corps à quelques centaines de mètres et des militaires russes les ont enterrés là. Ils ont alerté d'abord plusieurs habitants du district. Tous ces témoins ont prévenu l'administration qui ne pouvait plus nier les faits. Les cadavres de mes enfants étaient recousus. Les soldats russes les ont vidés de leurs organes. J'ai mal d'imaginer qu'ils ont pu tant souffrir: "
Movsar nous raconte l'histoire de son frère, Khaez :
" C'était à Tchetchen Aoul au cours d'une opération de nettoyage qui a débuté le II juin 2002 et duré trois semaines. Au cours de ce nettoyage, presque toutes les maisons ont été pillées. Les habitants devaient payer entre 500 et 2000 roubles pour que les soldats russes ne détruisent pas les portes cochères et payer encore davantage pour qu'ils n'arrêtent pas les hommes.
Mon frère, Khaez, a été arrêté le 14 juin et emmené au camp de filtration provisoire de Tchetchen-Aoul. Les hommes amassés dans les camions ont subi des violences pendant toute la durée du trajet les menant au camp (coups de pied, de crosse de kalachnikov). Khaez, les mains liées derrière le dos et la tête couverte d'un sac en plastique noir; a été jeté violemment du camion après avoir subi de multiples tortures. La chute a été si brutale qu'il est resté à terre sans connaissance, totalement immobile. Les militaires russes se sont approchés de lui et lui ont ordonné de se relever immédiatement. Devant le silence rencontré, ils ont enjoint le conducteur du camion de rouler sur le corps. Les autres hommes arrêtés et témoins de cette scène ont supplié les militaires de ne pas le tuer ; les assurant que celui-ci ne répondait pas car il avait perdu connaissance. Les soldats ont alors brûlé les pieds de Khaez à l'aide de mégots de cigarettes afin de vérifier son état et ont effectivement constaté sa perte de connaissance. Ils l'ont laissé ainsi pendant quarante-huit heures, à même le sol, jusqu'à ce que nous puissions l'emmener. Khaez est aujourd'hui hospitalisé à l'hôpital central de Grozny dans un état très critique. La moelle épinière a été touchée et il se trouve totalement paralysé, ayant conservé seulement ses facultés auditives, visuelles, olfactives et de parole. 10 000 dollars sont nécessaires pour procéder à l'opération chirurgicale susceptible de lui sauver la vie. Notre famille ne peut pas payer cette opération et sans elle, il est condamné à mourir dans quelques mois d'après ce qu'affirment les médecins de l'hôpital central de Grozny. "


Grozny n'est rien de moins qu'un champ de ruines
En sus du recueil de témoignages, la mission a pu se rendre sur le territoire tchétchène, en particulier à Grozny, pour évaluer le danger que représente le conflit au quotidien pour la population civile. Grozny n'est rien de moins qu'un champ de ruines, mais on continue à y vivre; y vivre au milieu des blindés, entre les checkpoints menaçants, dans les viseurs des snipers embusqués sur les toits des immeubles, dans la crainte d'un nettoyage toujours imminent, d'une balle perdue, d'une mine trop bien dissimulée.
C'est dans ce contexte d'insécurité criante que les autorités russes ont planifié de rapatrier tous les Tchétchènes réfugiés sur le territoire des Républiques voisines, arguant du retour à la normale sur le territoire tchétchène. Le 29 mai 2002, un plan de rapatriement a été signé entre le chef de l'administration pro-russe en Tchétchénie, Akhmad Kadyrov, et Mourad Ziazikov, président nouvellement élu de la République d'Ingouchie, sur le territoire de laquelle 150 000 Tchétchènes se trouvent encore réfugiés. Mais les réfugiés ont peur. Les mesures incitatives au départ volontaire sont multiples (attribution d'une chambre dans un centre d'accueil provisoire à Grozny, aide à la reconstruction pour ceux qui décident de réintégrer leurs ruines, octroi d'une aide humanitaire pour trois mois). Mais, d'après nombre de témoignages, toutes ses promesses ne sont qu'illusions. À leur arrivée en Tchétchénie, beaucoup se retrouvent totalement démunis. Ceux qui parviennent à obtenir une place dans un centre d'accueil provisoire, restent abasourdis par les conditions de vie déplorables qui leur sont réservées. La sécurité n'est pas non plus assurée dans ces centres où des opérations de nettoyage ont régulièrement lieu. Beaucoup se décident finalement à quitter à nouveau le territoire tchétchène vers la République voisine d'Ingouchie, même s'ils savent que, là-bas, ils ne pourront se faire enregistrer comme réfugiés et bénéficier d'une quelconque aide humanitaire. Mais dans les camps, la solidarité est très forte. D'autant plus forte que le plan de rapatriement " volontaire " se transforme progressivement et indirectement en un programme de retour forcé des réfugiés. L'hiver approche, et l'aide humanitaire s'affaiblit. Les coupures de gaz et d'électricité deviennent de plus en plus fréquentes. Les réfugiés rassemblent le peu d'argent qu'ils leur restent pour s'approvisionner eux-mêmes, mais leurs économies sont bien minces. Comment résisteront-ils au froid, à la misère, aux conditions d'hygiène déplorables ? Un retour des réfugiés sur le territoire tchétchène entraînera indubitablement une augmentation des tortures, des assassinats, des viols, des pires actes de barbarie, qui se commettent déjà à grande échelle, dans le silence accablant de l'ensemble de la communauté internationale.


La France condamne sans réserve.
Malgré son silence relatif depuis près de deux ans sur le conflit en Tchétchénie, la France adoptait jusqu'alors une position critique sur l'attitude des autorités russes dans le conflit tchétchène. Mais le 19 juillet 2002, lors de la visite de travail qui s'est tenue à Sotchi, station balnéaire sur les bords de la mer Noire, entre Vladimir Poutine et Jacques Chirac, ce dernier s'est rallié aux positions russes sur le conflit en Tchétchénie, justifiant les opérations militaires par la nécessité de lutter contre le terrorisme. " La France condamne sans réserve tout acte terroriste quel qu'il soit et considère qu'aucune cause ne peut justifier les actions terroristes ", a-t-il affirmé. Il a également qualifié la guerre menée en Tchétchénie d' "opération antiterroriste", avant d'ajouter dans un langage fort diplomatique que " la seule réponse convenable est de nature politique " et qu'il comprenait ce qui était engagé. Plus que la vie de milliers d'innocents, M. Chirac a privilégié la vente d'Airbus à la Russie, compromise par la concurrence rude menée par Boeing. Un contrat juteux, auquel notre président n'a pas su résister, dans le mépris total de toute dignité humaine.
Certains ont pourtant su garder le courage de leurs opinions. Pour reprendre les termes de Lord Russel Jonhston, alors président de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et qui s'exprimait dans une déclaration publique le 13 décembre 2001 :
" Le monde ne peut se permettre d'oublier la Tchétchénie et les Tchétchènes ne méritent pas d'être oubliés. Ils ont déjà trop souffert et continuent à souffrir. "
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