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 Mensonges et manipulations de M.Poutine

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Marina



Nombre de messages : 25
Date d'inscription : 21/05/2006

MessageSujet: Mensonges et manipulations de M.Poutine   Ven 08 Sep 2006, 00:12

''En Tchétchénie, survivre c'est déjà résister''
par Dominique Simonnet


Dans sa voix douce et posée, dans ses mots choisis avec minutie, dans ses silences aussi, quelque chose indique que cette jeune fille-là en sait long, trop long, sur le monde des humains et sur ce dont ils sont capables. A 26 ans, Milana a beaucoup vécu. Elle est Tchétchène. Grâce à de jeunes Français obstinés, elle vient de passer trois ans à Paris, mais la parenthèse se referme. Elle va bientôt retourner chez elle, près de Grozny. Avant la parution de son témoignage, Danser sur les ruines (Hachette Littératures), elle raconte ici sa vision des deux mondes, la France et la Tchétchénie. Voici l'histoire d'une jeune personne presque comme les autres. Cela se passe aujourd'hui.

Après trois années passées à Paris, vous vous préparez à retrouver votre pays, la Tchétchénie. Comment vos proches vivent-ils là-bas aujourd'hui?
- Il y a quelques années, quand j'étais tapie, avec ma famille, dans les caves, sous les bombes, je pensais que rien ne pouvait être pire. J'ai compris, en retournant à Grozny l'an dernier, que j'avais tort. Maintenant, il n'y a plus de bombardements massifs comme autrefois, il y a moins de checkpoints. Mais la terreur n'a cessé de croître. Les soldats russes et les milices locales pratiquent toujours les «nettoyages», rafles suivies d'assassinats systématiques par la torture. Auparavant, ils piochaient au hasard dans les rues. Désormais, les enlèvements sont ciblés: ils touchent les intellectuels, ceux qui ont de l'argent, ceux qui ont prononcé un mot de travers... Comme sous Staline, il suffit de dire que les autorités sont corrompues, et hop, une nuit, on disparaît. Au mieux, les familles parviennent à racheter les corps atrocement mutilés pour 2 000 dollars. Tout s'achète ou se prend de force. Sous les bombes, les gens parlaient encore entre eux. A présent, c'est le silence. Ils sont résignés, désespérés. Grozny est peuplée d'ombres muettes qui luttent pour leur survie.

Pour nombre de Français, le seul mot «Tchétchène» évoque le terrorisme.
- Quand je suis arrivée à Paris, j'ai été surprise par cet amalgame. On croit ici que la Tchétchénie fait partie du Moyen-Orient. Un jour, au jardin du Luxembourg, quelqu'un m'a demandé d'où je venais: «De Tchétchénie. - Mais vous n'avez pas l'air arabe!» m'a-t-il dit, surpris. J'ai dû lui apprendre que les Tchétchènes n'étaient pas des Arabes. Vladimir Poutine a su utiliser le choc du 11 septembre pour nous coller l'image de terroristes internationaux. Si l'information n'arrive pas en Tchétchénie (on n'y reçoit que les médias prorusses, et les télés montrent en boucle Jacques Chirac en train de féliciter Vladimir Poutine pour sa lutte antiterroriste), elle n'en sort pas non plus. Sait-on que, nous aussi, nous luttons contre les barbus intégristes? Que la majorité des résistants indépendantistes sont des jeunes gens comme moi, qui combattent pour que nous puissions vivre libres? Quand on les qualifie en bloc de terroristes, cela me met hors de moi. Sait-on que les Tchétchènes eux-mêmes ont été horrifiés par la prise en otages des enfants de Beslan, en 2004, que ce jour-là, à Grozny, des enfants ont brandi des pancartes proclamant: «Prenez-nous en otages à leur place»? En France, personne n'en a parlé. La Tchétchénie, ce n'est pas la Palestine, ni l'Afghanistan, ni l'Irak! Nous subissons une volonté impériale postsoviétique d'une violence inouïe. Comme autrefois les Bosniaques. Mais Poutine est plus puissant que Milosevic, et l'Otan n'est pas là pour nous sauver.

Vous êtes née il y a vingt-six ans, dans un petit village à 60 kilomètres de Grozny. Plutôt paisible, à l'époque.
- C'était un village tranquille, et j'étais une petite fille comme les autres, dans le monde soviétique. On vivait bien, mais dans le mensonge. A l'école, on ne nous parlait pas de l'histoire tchétchène, mais de la grande épopée communiste. Nous fêtions le 23 février 1944 en agitant nos drapeaux rouges, et je ne comprenais pas que ma grand-mère en soit attristée. Je l'ai su plus tard: pour elle, c'était un jour noir, celui de la déportation de tous les Tchétchènes. Elle avait été raflée avec toute sa famille et envoyée au Kazakhstan dans des wagons à bestiaux sur lesquels était écrit: «Ennemis du peuple». Les Russes ont brûlé vifs ceux qu'ils n'ont pas pu déporter. Ils voulaient éradiquer la nation tchétchène. Ma grand-mère a survécu par miracle; elle est revenue treize ans après, s'est mariée, a recommencé sa vie, reconstruit sa maison... Mais ce n'était pas fini.

A la chute de l'Union soviétique, pourtant, la Tchétchénie croit à son indépendance.
- J'avais alors 10 ans, et ma vie ressemblait à celle des jeunes Français. Nous avions les mêmes caprices, les mêmes rêves, nous portions des minijupes, regardions des films américains. J'allais à l'école coranique. Je sais... pour vous, cela signifie «endoctrinement». Le mollah essayait bien de nous discipliner, mais sans succès. Nous apprenions le Coran, nous respections les traditions tchétchènes, mais nous n'étions pas étouffés par la religion... Et puis, une nuit de janvier 1993, on est venu déposer une caisse en fer devant notre maison: dedans, il y avait mon père, assassiné. On nous a fait comprendre qu'il valait mieux ne pas chercher à savoir ce qui lui était arrivé.

En décembre 1994, vous avez 14 ans, et vous vous apprêtez à vous rendre à votre premier bal...
- Ma mère m'avait offert une robe de princesse. Je ne l'ai jamais portée. Nous étions dans la cour de l'école quand la directrice a crié: «C'est la guerre!» Nous l'avons d'abord prise pour une folle. La guerre? Elle exagérait! Chez moi, la maison était déjà pleine de réfugiés: cousins, tantes, nièces, venus de Grozny. Les troupes russes arrivaient. Très vite, la vie a changé. Plus d'électricité ni d'eau. Nous nous réfugiions dans la cave, nous buvions l'eau de la rivière et coupions les arbres de l'école pour le bois. Nous vivions comme au Moyen Age. Sous les bombardements, les bêtes devenaient folles. On a même retrouvé des poules mortes de peur dans leur poulailler. Nous, à la longue, nous étions fatigués d'avoir peur. Le pire, c'est la solitude. Même entassés en groupe dans une cave, on est seul. Seul avec soi... Impossible de se plaindre, car tout le monde est dans la même situation. Et puis, il y avait l'interminable succession des morts. Untel? Il a été tué. Et lui? Aussi. Nous ne pouvions même plus les enterrer... Grozny, où nous nous sommes ensuite réfugiés, n'était plus qu'un tas de ruines. A l'entrée de la ville, un tag indiquait: «Bienvenue en enfer!» Quand j'ai retrouvé mon village, en 1996, à la fin du premier conflit, c'était une immense décharge. Les soldats russes avaient vécu dans notre maison. Avant de partir, ils avaient tout détruit, tout souillé avec leurs excréments, dans une volonté de nous humilier. Même ma robe de bal... Mais nous avons recommencé à vivre.

En 1999, les Russes reviennent. De nouveau, la cave, la terreur, les enlèvements...
- Vladimir Poutine avait promis de poursuivre les terroristes «jusque dans les chiottes». Il suffisait d'avoir plus de 12 ans pour être considéré comme terroriste. Pour les Russes, il n'y a pas de civils. Un général, interrogé sur les massacres d'enfants, a même dit un jour: «Et alors? Ce sont de futurs terroristes!» Les Russes ont alors intensifié les «nettoyages» et les enlèvements. Cette violence inouïe, l'impuissance que l'on éprouve, ce sentiment d'injustice... Je ne comprenais pas pourquoi des êtres humains pouvaient inventer de tels supplices envers d'autres êtres humains.

Avez-vous une réponse aujourd'hui?
- Il n'y a pas de réponse. Les soldats russes sont jeunes, peu éduqués, placés entre deux feux, menacés par les mercenaires et les officiers qui les forcent à tuer. Ils deviennent comme eux: fous, meurtriers. Il n'y a pas de limites dans l'inhumain. Et il n'y a pas de morale, pas de lois, dans cette armée-là.

Comment avez-vous fait pour garder un peu de force?
- On trouve toujours des moyens. Surtout les femmes: elles ont fait des travaux très durs. C'étaient les femmes qui, parfois, s'opposaient à la rafle d'un garçon dans un bus. Pour elles, il y avait aussi la menace du viol. Dans la tradition tchétchène, une jeune fille violée est une honte pour sa famille. Alors, les victimes se taisent. Auprès de qui témoigner? Nous essayions en tout cas de cultiver une impression de normalité, de nous maquiller, de garder notre dignité. Et nous nous rendions à l'université, en ruine, pour tenter d'étudier. Un jour, à un checkpoint, un soldat nous a arrêtées. «Vous allez où? - Nous allons à l'université!» Il s'est mis à hurler: «Mais vous êtes folles! Vous ne voyez pas ce qui se passe? Il y a un nettoyage, là-bas. C'est quoi, ce peuple de fous?»

Oui, c'est quoi?
- Rien n'est rationnel dans cette histoire. On en avait assez de rester chez nous. Beaucoup d'entre nous ont été tués durant les trajets, mais nous pouvions aussi mourir en restant dans la cave. Quelle différence? C'était notre manière de braver la terreur. Cela nous aidait, au contraire, à ne pas devenir fous. «Quoi qu'il arrive, disions-nous, on ne les laissera pas gagner, on ne deviendra pas des bêtes.» En Tchétchénie, survivre, c'est déjà résister.

Vient cette occasion exceptionnelle: une association, Etudes sans frontières (1), se crée en France pour accueillir des étudiants tchétchènes à Paris. Vous en faites partie.
- Une chance incroyable, offerte par ces étudiants français de notre âge, aidés par des personnalités telles que Bernard Kouchner, André Glucksmann, Jack Lang, Pierre Lellouche, Bernard-Henri Lévy. Le choc fut total. Arriver de Grozny et me retrouver à Roissy, accueillie par ces jeunes Français... Je les imaginais en costumes Yves Saint Laurent. Eux, ils s'attendaient à voir des filles voilées. Ils étaient en jeans. Nous étions en talons hauts et bas résille.

Les étudiants qui défilaient contre les réformes ont dû vous paraître alors bien futiles.
- Au contraire! Pouvoir exprimer son désaccord dans la rue, c'est ça, la démocratie! J'étais aussi fascinée de voir dans le métro tous ces gens si différents, cette mixité. Mais je ne comprenais pas ces jeunes de banlieue qui brûlaient les voitures et les écoles. Quand on a la chance de naître dans un pays où l'on peut réussir sa vie si on le veut vraiment, comment peut-on prétendre que l'on n'a plus rien à perdre? Je reste aussi très choquée de voir autant de pauvres dans les rues des villes. Un jour, une femme s'est plainte que son frère SDF était mort dans la rue. Moi, j'ai eu envie de lui dire: «Comment avez-vous pu laisser votre frère mourir dans la rue?» Chez nous, c'est inconcevable.

En France, vous avez aussi découvert une autre histoire du monde.
- Dans le monde de l'ex-Union soviétique, on ne parle pas de l'Europe, ni du goulag, ni de la Shoah. C'est en France que j'ai découvert La Nuit, d'Elie Wiesel, et les livres de Primo Levi. J'ai visité Auschwitz avec l'école de journalisme de Sciences po. Un ancien déporté du camp, Charles Baron, nous guidait. Mon amie Annick, une rescapée tutsi, lui a dit: «Moi, je n'arrive pas à pardonner.» Il lui a répondu: «Moi non plus. On ne peut pas pardonner au nom des morts. Tu ne dépasseras jamais ta souffrance. Il faut vivre avec elle.» Comment cet homme-là avait-il pu garder une telle humanité en lui après ce qu'il avait vécu? En l'écoutant, je me suis dit que les êtres humains n'étaient pas totalement mauvais.

Après cette parenthèse française, vous allez donc retourner là-bas, en enfer, en prenant de gros risques.
- Je suis écartelée entre les deux pays. J'ai créé à Paris des liens essentiels dans ma vie. Mais la Tchétchénie, c'est mon pays, mon enfer à moi. Là-bas, je veux dire qu'en France on ne nous laisse pas tomber. Il est important que les Tchétchènes sachent qu'ils ne sont pas seuls au monde. Je veux créer un journal indépendant pour les jeunes. Et puis, ma famille est là-bas. J'ai conscience de la mettre en danger. Mais puis-je rester sans rien faire? Quand j'étais avec ma grand-mère dans la cave, je me demandais si, moi aussi, je me retrouverais dans cinquante ans, avec mes enfants, dans une cave. Elle qui a connu tant de ruines et de souffrances m'a dit: «Milana, tu n'as pas droit au désespoir!» Voilà. Je n'ai pas d'autre choix: je suis condamnée à l'espoir.

(1) www.etudessansfrontieres.org

Milana Terloeva
30 décembre 1979
Naissance à Orekhovo, près de Grozny (Tchétchénie).
11 décembre 1994
Les troupes russes entrent en Tchétchénie.
Août 1996
Cessez-le-feu et accord de paix. Les combats ont fait près de 80 000 morts.
1er octobre 1999
Seconde intervention russe. Milana se réfugie en Ingouchie.
Septembre 2000
Retour à Grozny, en ruine.
Septembre 2003
Invitée par Etudes sans frontières, elle part pour Paris.
Admise à l'école de journalisme de Sciences po.

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